Il existe des fils invisibles qui relient les rives du Rhin aux plages de l'Atlantique sénégalais. Entre Strasbourg et Dakar, une histoire d'un siècle s'est tissée à travers les casernes, les bateaux, les lettres et les familles. Suivre ce fil, c'est partir sur les pas d'une mémoire partagée entre l'Alsace et le Sénégal, faite de courage, d'exils et d'enracinements.
L'empreinte des tirailleurs sénégalais en Alsace
Après la Première Guerre mondiale, l'armée française installe des troupes coloniales en Alsace et dans le Rhin occupé. Des milliers de tirailleurs sénégalais traversent alors la région : travail de garnison, surveillance des ponts, vie quotidienne dans les faubourgs de Strasbourg et de Mulhouse. Certains repartent, beaucoup restent. Ils fondent des familles, ouvrent de petits commerces et inscrivent, sans bruit, une part d'Afrique dans le paysage alsacien.
Longtemps discrète, cette histoire est aujourd'hui ranimée par des associations, des expositions et des voyages commémoratifs. Pour celles et ceux qui arrivent par le nord de la France, le périple peut commencer par une nuit dans un hôtel central à Lille avant de rejoindre Strasbourg par le TGV et de marcher, quartier après quartier, sur les traces de ces destinées singulières.
Du côté sénégalais, la mémoire n'a jamais faibli : à Dakar, les familles et les archives conservent précieusement la trace de ces hommes partis vers l'inconnu. Le va-et-vient entre les deux pays, lui, n'a jamais cessé.
Dakar, l'autre rive de la mémoire
Dakar se déploie entre l'océan et les façades du Plateau. La ville garde les strates de l'histoire : l'île de Gorée et sa Maison des Esclaves, le Musée des civilisations noires, les allées où commerçants et missionnaires européens, parmi lesquels plusieurs Alsaciens, ont laissé leurs archives. À l'inverse, la communauté sénégalaise d'Alsace entretient le lien au quotidien : restaurants, concerts, associations, échanges entre les quartiers de Strasbourg et de Dakar.
Ce dialogue culturel se prolonge bien au-delà des deux villes. Avant la grande traversée, une halte dans une villa calme à Saint-Jean-de-Luz permet de ralentir, de regarder l'océan et de songer à tous ceux qui, avant nous, ont fait ce chemin en sens inverse.
De la cathédrale aux Almadies : itinéraire d'un voyage mémoriel
Le voyage commence à Strasbourg : la cathédrale, la Neustadt, le quartier de la gare, puis les archives et les expositions consacrées aux troupes coloniales. De là, la route vers Dakar traverse la France entière. Lyon, carrefour ferroviaire, offre une étape commode : un hôtel pratique près de la gare de Lyon Part-Dieu permet de reprendre le train dès le matin pour rejoindre la Méditerranée.
La descente vers le sud conduit naturellement à Montpellier ; quelques nuits dans un hébergement confortable y offrent une dernière halte avant le grand départ.
Les amoureux de l'art et du silence ajouteront volontiers un détour par l'arrière-pays provençal : une villa pleine de charme à Saint-Paul-de-Vence offre un cadre reposant pour regarder la lumière du soir avant celle des tropiques.
À Dakar, enfin, le voyage mémoriel prend tout son sens. Le Plateau et ses immeubles des années 1930, le Musée des civilisations noires, la traversée vers Gorée, la Corniche au coucher du soleil : les rencontres avec les descendants de tirailleurs, les artistes et les historiens de la capitale sénégalaise donnent à cette histoire centenaire un visage vivant. Et c'est peut-être là, entre un café au bord de l'eau et une conversation avec un ancien, que l'on comprend ce que relier Strasbourg à Dakar veut vraiment dire.